Des exosquelettes testés et adoptés

La santé des résidents en Ehpad nécessite une prise en charge adaptée pour limiter l’exposition des professionnels à de trop lourdes charges physiques et psychologiques. La prévention doit permettre de soulager la pénibilité et éviter l’épuisement professionnel.

La grande perte d’autonomie des résidents implique une charge de travail importante pour les agents hôteliers, les cuisiniers ou les lingères. Le nettoyage des chambres, des lieux de vie collectifs, du linge ou encore la confection des repas imposent des gestes répétitifs, susceptibles de provoquer des lésions liées aux manutentions manuelles. Elles représentent près des deux tiers des accidents du travail, plus d’un tiers concernent le dos, près d’un tiers les membres supérieurs. La quasi-totalité des maladies professionnelles relèvent de troubles musculosquelettiques (TMS).

Améliorer la qualité de vie et les conditions de travail

Pour améliorer la qualité de vie et les conditions de travail des professionnels, l’Ehpad Le Grand Pré a choisi d’équiper les professionnels d’exosquelettes. Cinq professionnels en bénéficient depuis février 2023.

« Mon exosquelette fonctionne avec un système de ressorts aux épaules et aux coudes, explique Christèle, lingère à l’Ehpad Le Grand Pré. Ce système facilite mon travail de portage des sacs de linge et m’apporte un soutien dorsal. Il est facile à mettre et à enlever et s’adapte bien à ma morphologie. Depuis que je porte l’exosquelette, je ne souffre plus de sciatiques. Au début, mes collègues m’appelaient Robocop. Maintenant, elles m’appellent Libellule ou Papillon, et si les résidents étaient surpris, ils ne le sont plus aujourd’hui. »

La cuisinière est également équipée d’un exosquelette pour la soulager de sa position statique debout. « Je le trouvais encombrant au début, mais aujourd’hui, je ne pourrais pas m’en passer, je le porte tous les jours », témoigne Gilberte. Les résidents l’interrogent sur son drôle d’équipement et l’envient. « Nous aussi on aimerait en avoir un, nous aussi on a mal au dos ! » Ce qui amuse beaucoup Gilberte.

L’exosquelette, un soutien, pas un substitut

L’exosquelette ne vise pas à remplacer l’agent. Il l’accompagne dans ses gestes, en soutenant ses bras et ses épaules. L’activité musculaire est alors réduite jusqu’à 30 %. Sa structure modulaire lui permet de s’ajuster à chaque morphologie. Il est facile à enfiler et à retirer, à l’image d’un sac à dos, il s’endosse et s’ôte rapidement.

Les exosquelettes issus de l’industrie sont conçus pour compenser des gestes répétitifs. L’armature dorsale empêche de se pencher en avant, ce qui oblige à adopter la bonne posture, à plier les genoux au lieu de se courber.

Financés par le FIPHP (Fond d’aides pour personnes handicapées de la fonction publique) et des crédits de l’ARS au titre de la qualité de vie au travail, les exosquelettes sont équipés de moteurs, ce qui nécessite un apport en énergie, mais les rendent plus puissants. D’autres types d’exosquelettes, dits passifs, reposent quant à eux sur des systèmes d’élastiques ou de ressorts.

Ces dispositifs s’inscrivent dans la politique d’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail. L’intervention de la médecine du travail sur certains exosquelettes a permis d’aménager les postes et de bénéficier d’un avis médical. Le métier de soignant implique des gestes répétés et des postures inconfortables mais aussi de nombreux déplacements, sur de longues distances et plusieurs étages, parfois dans la précipitation et des espaces exigus. La plupart des douleurs des membres supérieurs et du dos sont attribués à des réactions à l’effort et à la répétitivité des gestes.

Sylvain Guillaume et Nolwen Metiffiot
Géroscopie n°160 • juin 2024

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