À l’Ehpad Le Grand Pré, un drôle d’instrument vient de faire son entrée. Pas de clavier, pas d’écran, juste des modules colorés à poser et à tourner. Bienvenue dans l’univers du Maestro, où composer de la musique devient un jeu d’enfant… pour tous les âges.
Derrière l’outil, une belle histoire
Tout commence avec Karinn Helbert et Christophe Brunet, deux passionnés de musique confrontés à une question : comment permettre à un enfant polyhandicapé de créer sa propre musique ? Leur réponse : un instrument magique où la fausse note est impossible. On pose des modules, on les tourne, et hop, une mélodie harmonieuse se crée. Pas besoin d’avoir fait le conservatoire, pas de solfège, juste le plaisir de jouer.
Fabriqué en Normandie avec des matériaux solides, sans WiFi ni écran, le Maestro tient dans les mains et voyage d’une pièce à l’autre. Un vrai couteau suisse musical, en somme.
Des résidents compositeurs en herbe
Au Grand Pré, le succès est immédiat. Une résidente, qui ne parlait plus beaucoup, retrouve le sourire en manipulant les modules. Un autre résident improvise des mélodies qui rappellent les airs de sa jeunesse. Et quand les petits-enfants viennent en visite, c’est la fête : un résident et sa petite-fille créent ensemble une histoire musicale loufoque qui fait rire toute la tablée.
Les équipes observent des effets inattendus : moins de stress, plus d’interactions entre les résidents, des moments d’apaisement précieux. La musique devient un langage commun, même quand les mots manquent.
Plus qu’un gadget, une vraie philosophie
Ce qui séduit à la résidence Le Grand Pré, c’est que le Maestro redonne du pouvoir d’agir. Chacun devient créateur, compositeur, chef d’orchestre de son instant musical. Fini la posture passive devant un spectacle : ici, on est acteur.
Et puis, dans un monde saturé d’écrans, le choix d’un outil tactile et sensoriel a du sens. On touche, on tourne, on ressent. L’expérience est physique, immédiate, humaine.
Avec le Maestro, l’établissement prouve qu’innover, ce n’est pas forcément multiplier les technologies. C’est parfois juste remettre de la musique – et de la vie – là où on ne l’attend plus.
Juliette Viatte
