Médiation animale avec des lamas en réseau d’Ehpad

Deux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ont initié des séances de médiation animale avec des lamas. Cette expérience favorise le lien et la communication avec les personnes âgées. Le financement par l’agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes a permis de pérenniser des séances mensuelles et d’étendre le projet à trois établissements supplémentaires.

Origine du projet

Dans le hall d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ardéchois, l’arrivée d’un lama provoque immédiatement une réaction presque magique : des regards s’illuminent, des mains se tendent pour toucher le pelage doux. Ce n’est pas une simple visite d’animation, mais bien une séance de lamathérapie, un type de médiation animale qui renoue les liens entre les résidents et leur environnement émotionnel.

C’est en 2023 que l’idée a vu le jour entre deux établissements déjà habitués à travailler ensemble : l’Ehpad Le Grand Pré à Alboussière et l’Ehpad Beauregard à Vernoux-en-Vivarais (Ardèche). Ensemble, ils ont décidé d’expérimenter une approche non médicamenteuse centrée sur la présence de lamas pour accompagner les résidents, souvent fragiles, isolés ou en perte de repères. L’objectif n’était pas un simple divertissement, mais une approche thérapeutique douce, destinée à stimuler les sens, réveiller des souvenirs, apaiser, créer des liens et contribuer au bien-être général des personnes âgées.

La lamathérapie mise en place n’est pas une attraction : elle est pensée, organisée et encadrée. Lamas, intervenants spécialisés, psychologues, ergothérapeutes et aides-soignants travaillent ensemble pour que chaque rencontre soit bénéfique, sécurisée et adaptée aux besoins de chacun.

Pourquoi un lama ?

Dans la vaste famille de la médiation animale, le choix du lama n’est pas anodin.

Au-delà des qualités déjà reconnues de calme, de douceur et de présence rassurante, le lama présente une particularité intéressante : c’est un animal peu connu du grand public, qui éveille naturellement la curiosité. Pour beaucoup de résidents, c’est une espèce qu’ils n’ont jamais rencontrée ou très rarement vue, ce qui suscite de l’intérêt sans préjugés, sans expériences émotionnelles antérieures fortes.

Cette absence d’a priori positifs ou négatifs est importante dans le contexte de la médiation animale. Par exemple, un chien peut évoquer chez certaines personnes des souvenirs très personnels ; agréables pour un amoureux des animaux, ou au contraire liés à une expérience négative pour quelqu’un qui n’a jamais vécu avec un chien ou qui en a peur. Le lama, lui, ne porte pas ces bagages émotionnels : il invite à la découverte, à la rencontre sans jugement ni souvenir particulier associé à l’animal.

Cette combinaison de présence apaisante, nature curieuse, absence de préjugés, facilite l’ouverture des résidents, leur permet de vivre des instants d’échange et de douceur et agit comme un véritable catalyseur d’émotions positives. Toucher le lama, observer ses mouvements, recevoir sa présence sans attentes, tout cela contribue à créer un cadre propice à l’expression, au lien social, à l’apaisement et parfois même à la redécouverte de soi.

Ces effets sont soutenus par des observations cliniques et des témoignages : réduction des comportements d’agitation, diminution du stress, expression des émotions, mais aussi stimulation de la motricité, de la mémoire ou du langage chez certains résidents.

Élargissement du projet

Fort du succès de la phase pilote financée par du mécénat entre les Ehpad Le Grand Pré et Beauregard, le projet a franchi un nouveau cap : la reconnaissance institutionnelle.

La demande de soutien auprès de l’agence régionale de santé (ARS) a été acceptée, permettant non seulement de consolider les premières actions mais aussi d’associer un troisième Ehpad à l’initiative. Grâce à ce financement1, les séances ont pu être étendues, mieux encadrées et plus régulières (mensuelles), offrant aux résidents d’un plus grand nombre d’établissements la possibilité d’en bénéficier.

L’intérêt n’est pas seulement d’avoir davantage de séances, mais de structurer une démarche commune, d’harmoniser les pratiques entre les équipes, de partager les retours d’expérience et de professionnaliser l’accompagnement. Cette dynamique collective donne une nouvelle dimension au projet : il ne s’agit plus d’une curiosité locale, mais d’un dispositif en devenir, pensé pour être reproductible et structuré.

Aujourd’hui, le défi est ambitieux : porter cette approche à cinq Ehpad. Ce réseau permettrait de toucher un public encore plus large, de mutualiser les compétences et les moyens, d’homogénéiser la qualité de l’accompagnement et d’offrir une continuité dans les actions thérapeutiques non médicamenteuses.

Cette perspective de réseau donne une visibilité nouvelle à la lamathérapie comme outil complémentaire de prise en charge des personnes âgées. Elle montre aussi qu’une démarche née de la coopération entre deux établissements peut se structurer, bénéficier d’un soutien institutionnel, et devenir un modèle inspirant pour d’autres structures.

Conclusion

Dans un contexte où le vieillissement, l’isolement, la dépendance et les troubles cognitifs sont des enjeux importants, la lamathérapie propose une réponse qui dépasse le cadre médical traditionnel. Elle replace la personne âgée au centre de sa vie affective et sociale, en valorisant le lien, l’émotion, la communication et la présence.

Les résidents, leurs familles et les équipes témoignent d’une meilleure qualité de vie, d’échanges renouvelés, d’instants de complicité retrouvés, parfois de gestes ou de mots que l’on croyait perdus. Dans ces moments, l’animal devient plus qu’un médiateur : il est un vecteur de lien humain, d’écoute, de présence partagée.

Si l’objectif de cinq Ehpad est atteint, ce réseau pourrait devenir une référence locale voire régionale, illustrant qu’il est possible d’innover, de coopérer et de réinventer l’accompagnement des personnes âgées avec des approches humaines, créatives et douces — parce qu’au-delà des soins, c’est la vie que l’on accompagne.


1 De juin 2023 à juin 2024 : financement par la fondation MACIF, Fondation Praemia Healthcare et groupe APICIL pour deux Ehpad. De septembre 2024 à septembre 2025 : financement par l’ARS Auvergne Rhône-Alpes avec l’Ehpad Marcel-Coulet (Guillerand-Granges), renouvelé de septembre 2025 à septembre 2026 et deux Ehpad supplémentaires (Ehpad Malgazon à Saint-Peray et Les Mimosas à Charmes-sur-Rhône).


Source : Guillaume S., Tanchon P. « Médiation animale avec des lamas en réseau d’Ehpad ». L’aide-soignante, mai 2026, n° 277, p. 23-24. DOI : 10.1016/j.aidsoi.2026.03.009
Déclaration de liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

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